L’intention photographique : Outil indispensable ou perte de temps ?

Il y a quelques jours, je me baladais sur le net en quête d’inspiration photographique et aussi, très simplement, pour voir de belles choses et ressentir « quelque chose ».

A ce propos, voici les 2 ressources que je consulte le plus pour visionner des photographies :

Sur 500px, vous visionnez en premier lieu ce qui fonctionne le mieux, c’est à dire les images les plus appréciées par la communauté.

Sur 1x, les images passent par le biais de personnes qui les évaluent avant d’être publiées.

Dans les 2 cas, il y a donc un filtre en place qui me facilite la sélection.

Soyons clairs, cela ne veut pas dire que j’aime tout ce qui passe devant mes yeux pour autant.

La proportion d’images intéressantes reste cependant élevée et c’est bien cela que je recherche.

Il y en a d’autres, comme Flickr, mais il est plus difficile d’y voir d’emblée un flux d’image que les gens apprécient.

Partir en quête d’inspiration, disais-je, voir de belles choses et ressentir « quelque chose ».

L’Intention Photographique

J’aime les belles images!

J’aime davantage encore les images qui me font ressentir « quelque chose ».

Cette notion – quelque chose – est assez vague, je le concède.

Cependant, c’est bien cela que je vais chercher.

Je pourrais aussi utiliser le terme « émotion ».

Ce « quelque chose », cette « émotion », ne doit pourtant pas être « beau » ou « positif ». Je cherche des images qui vont stimuler mon imagination et créer plus qu’une simple flatterie pour mon œil, même si cela reste très séduisant et agréable à regarder.

Le plus souvent, lorsque « quelque chose » se produit, c’est parce que le photographe a su transcrire, avec la lumière, un message qui me touche.

Ce message n’arrivera pas chez tout le monde de la même façon.

Regardez cette image :

Sergio-Larrin-Trafalgar-Square
© Sergio Larrain – Trafalgar Square — Le livre aux éditions Xavier Baral

J’ai vu cette image dans le « Réponses Photo » de Septembre 2013

Stop ! Regardez-la encore !

Au niveau technique, on ne peut pas dire quelle « colle » aux standards établis. Il y a de toute évidence un flou de bougé !

Au niveau du « message », de l’émotion, de ce « quelque chose » dont je parlais, je peux par contre affirmer que cette image agit sur moi.

Elle me parle, elle me touche.

Stop! Regardez-la encore … !

Je peux presque affirmer que ce photographe avait une intention photographique.

Il a voulu me transmettre sa perception, et il a réussi !

Le message

Quand on décortique, en restant très simple, le chemin qu’emprunte un « message », on trouve la séquence suivante :

1. Message > 2. Formulation > 3. Véhicule  >  4. Réception  > 5. Interprétation

Les deux premiers points sont l’apanage de la personne qui émet.

Les deux suivants appartiennent à la personne qui reçoit.

Le point 3 est le média utilisé.
Entre les points 1 et 5, le message est potentiellement complètement différent.

Si vous connaissez « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » (le livre ou la pièce de théâtre), vous verrez immédiatement de quoi je parle (dans un domaine qui n’a pas de relation directe avec la photographie).

Transcrit dans le domaine qui nous occupe, il s’agit bien entendu du photographe, du spectateur et d’une photo.

C’est là que cela devient intéressant : Le photographe, avant d’appuyer sur le déclencheur, est d’abord, lui-même, le spectateur de la scène (du sujet). Il est plongé dans un univers à plusieurs dimensions.

Poupee-Pripyat
Comment tenter d’évoquer un ressenti ? ©Eric Heymans

Les Dimensions de l’intention photographique

J’en vois au moins 5 :

  • l’espace  : hauteur, longueur, largeur, lieu
  • le contexte : météo, odeurs, bruits, moment, …
  • le sujet : ce que le photographe tente de « capter »
  • l’émotion : ce que le photographe ressent en étant plongé dans les trois précédentes ET son propre état émotionnel général (l’influence de son propre vécu, de sa propre histoire)
  • le rendu : la manière dont le photographe va présenter l’image, tenant compte des 4 dimensions précédentes

Dans ces dimensions, il est possible d’avoir un contrôle partiel sur le lieu (je le choisis), le moment (je le choisis), la météo (je ne la choisis pas mais j’ai la possibilité de différer le moment).

Si il s’agit d’une mise en scène ou de scènes très statiques, j’ai probablement aussi un contrôle sur le sujet et, pourquoi pas, l’espace.

Si on est « là » par « hasard », et/ou que le sujet est dynamique, le contrôle devient plus aléatoire, voire impossible.

On entre alors plus loin dans le domaine du « feeling », du ressenti et de ce « truc » que j’appelle « avoir de l’oeil ».

Voyez-vous une Intention Potographique ? - ©Eric Heymans
Voyez-vous une Intention Photographique ? – ©Eric Heymans

Avec ces dimensions en tête, l’intention photographique pourrait se traduire chez moi par une démarche qui se résume comme suit :

  1. Comprendre le sujet
  2. Aller vers le sujet
  3. Ressentir le sujet
  4. Restituer le ressenti

 

Comprendre le sujet

Pour développer l’intention photographique, la compréhension du sujet me semble capitale.

Il s’agit pour moi d’explorer les différentes facettes possibles, ses différentes caractéristiques et de définir ce qu’il représente pour moi.
Est-ce que cette démarche est faisable dans tous les cas ?

Honnêtement, je pense que oui.

Quel que soit le genre photographique abordé (Sport, Paysage, Portrait, Macro, Street, Nuit, Pose Longue, Concert, Mariage, Architecture, Abstrait, etc..), il est tout à fait possible de s’arrêter un instant et de réfléchir.

Nous sommes tous d’accord pour dire que ces genres ne présentent pas les mêmes caractéristiques.

Et c’est bien entendu la raison essentielle qui justifie qu’une réflexion est à mener.

Aller vers le sujet

Une fois les caractéristiques assimilées, il est temps alors d’aller vers le sujet.

Pour moi, cela veut dire l’aborder en fonction d’une ou de plusieurs des caractéristiques que j’aurai choisies parce qu’elles me semblent le mieux refléter ma compréhension.

Ressentir le sujet

Maintenant, je baigne dans le sujet, je m’en imprègne et je m’écoute.

Qu’est-ce que je ressens ?

Qu’est-ce ce que cela évoque en moi ?

Suis-je triste ? Heureux ? Gêné ? Outré ? Ai-je du plaisir ?

J’en suis au stade de l’émotion, la mienne et je vais déclencher.

Restituer le ressenti

On entre au coeur de l’intention photographique avec cet élément.

Avant d’aller plus loin, j’aimerais vous parler du « Pictionary ».

Vous savez, ce jeu dans lequel vous mimez des mots afin de les faire deviner à votre équipe.

(Re)Plongez-vous quelques instants dans ce type d’exercice et tentez de vous figurer comment vous pourriez faire deviner le mot : « Rupture » !

Stop! Faites l’exercice …

Certains vont tenter de montrer un couple qui se sépare, d’autres vont tenter de montrer quelque chose qui se brise, d’autres encore vont partir sur une toute autre approche.

Quelle que soit la solution choisie, la première idée qui vous viendra en tête sera celle qui évoquera le plus ce mot pour vous.
Ce ne sera pas forcément le cas pour ceux qui vous regardent.

Je me souviens de prises de tête incroyables lorsque, à la fin de la minute allouée pour l’exercice, le mime dévoilait son mot (non trouvé).
Tout le monde y allait de son explication sur la meilleure façon de le mimer.

Transposé à la photographie, et s’agissant de rendu, vous pouvez choisir entre deux voies (pour chaque photo que vous faites) : créer une image qui évoquera, selon vous, votre ressenti ou, créer une image qui évoquera pour les autres, le même ressenti.

Outch !

Pas facile, la deuxième option ! (la première non plus d’ailleurs).

C’est ici, et seulement ici, que les techniques de composition et de prise de vue entrent dans le jeu (et remarquez que j’en suis à la quatrième étape de mon « chemin »). Avant cette étape, je n’ai pas encore touché à mon appareil photo !

Intention Photographique ? ©Eric Heymans
Intention Photographique ? ©Eric Heymans

Le choix de la focale, de l’angle de prise de vue, de la profondeur de champ, de la distance, de l’exposition, etc.. vont définir comment vous « rendez » ce que vous « ressentez » !

Oui mais.. ?

Heymans, t’es bien gentil, mais ce que tu proposes ici ne fonctionne pas toujours, hein ! Je n’ai pas le temps de faire tout ça moi!

Et bien cher toi qui te pose cette question, laisse-moi te dire que cela fonctionne tout le temps!

Le « truc », c’est de commencer et de s’y tenir.

Au début, c’est difficile, c’est dur et cela peut parfois même paraître ennuyeux ou fastidieux.

Après quelques temps, cela vient plus naturellement, et au bout du compte, cela devient presque un réflexe.

je vois -> je comprends -> je ressens -> je cadre ->  je déclenche

Après, il y a encore le post-traitement mais c’est une  autre histoire !

Et Vous ?

Quel effet cette image de Sergio Larrain a-t’elle sur vous ?

Comment jugeriez-vous l’intention photographique : Outil Indispensable ou perte de temps ?

Comment auriez-vous mimé le mot « rupture » ?

Dites-le moi dans les commentaires ci-dessous … !

A bientôt.

Eric Heymans

Eric Heymans

Bonjour et merci pour votre passage ici ! J’ai acheté mon premier reflex numérique en juin 2009 à 44 ans (il n’est jamais trop tard !). Ce qui ne devait être qu’un hobby s’est très vite transformé en … passion! Le retour que fait le public de mes images me conforte dans l’idée de partager mes expériences et de créer le blog que j’anime depuis juin 2012.

Faites entendre votre voix dans les commentaires ci-dessous !

18 réflexions sur “L’intention photographique : Outil indispensable ou perte de temps ?”

  1. laurine lavieille

    Bonjour Eric et merci pour ce savoir-faire partagé. J’ai vu la photo de Sergio Larrain aux rencontres de la photographie à Arles cet été, je l’ai tout d’abord découverte sous forme de carte postale puis en vrai. Pour ma part, j’ai évidemment pensé aux oiseaux d’Hitchcock. Sauf qu’aucun des personnages n’a l’air de faire attention aux oiseaux, comme s’ils étaient là pour illustrer une scène, entre les deux personnages (l’homme en bas qui regarde la femme, en haut, qui elle a les yeux ailleurs) et les deux enfants qui les observent…Le tout dans une sorte de tourbillon, de mouvement, qui emporte tout… Un rupture ? Voilà mes impressions. Merci encore

  2. L’intention passe par la maîtrise. Je ne suis pas contre ce que j’appelle régulièrement la photographie décomplexée, celle qui n’est pas trop regardante sur les règles et la technique. Ce que je vois ici, c’est une situation exceptionnelle. Pas l’image, loin s’en faut selon mes critères : le point 5 (interprétation) sera éternellement sujet à discussions ….

    1. Eric Heymans

      Bonjour Patrice.
      La photographie décomplexée .. : J’aime cette expression.
      En effet, le point 5 .. est propre à chacun.
      Eric

  3. Galinier Christophe

    le blog est super sympa, de belles réflexions sur toutes les photos.
    pour la première je ressens de la mélancolie, il fait froid je n’ai pas regardé ou elle a était prise, mais perso je trouve que ce flou renforce cette photo je pense que le photographe l’a voulu.

    la 2eme: aussi évoque beaucoup de tristesse après cet incendie la seul survivante la poupée, ou les propriétaires ont quittaient les lieux précipitamment, la petite fille doit être triste d’avoir perdu sa poupée.

    la 3eme: me fais penser à la guerre en Irak ou en Syrie cette pauvre dame a dû perdre quelqu’un qui lui était chère

  4. Bonjour Eric,
    Très bon sujet qui me fera certainement réflechir plus lorsque je voudrai transmettre une « émotion ».

  5. HERVE Denis

    Eric,
    Merci une fois de plus pour ce que tu apportes, que tu nous apportes en matière de photo, découverte de la photo, que cela soit sur le fond comme sur la forme.
    Je prends et j’apprends une fois de plus en lisant ces explications sur l’intention photographique.

    Je me retrouve « parfois » dans les différentes étapes notées si dessus avant de déclencher.

    J’ai voulu être différent des autres en me plongeant dans la photographie, « vues, autrement » mon blog en est le résultat.

    Je ne sais pas si j’ai réussi, mais je me pose toujours cette question, c’est devenu un réflexe : cette photo que je veux prendre, peut elle etre prise par un grand nombre de personne.
    – Si la réponse est par l’affirmative, je ne shoote pas.
    – Si la réponse est neutre, je fais en sorte quelle deviennent négative presque totalement et alors là, je shoote.
    Je shoote pour que justement, je veux transmettre un ressenti autre, une émotion différente, une vue différente.

    Oui je suis loin des étapes notés ci dessus dans vos réflexions sur l’intention photographique, mais cela me servira en partie à l’avenir.
    Que c’est bénéfique tout cela !!!

    Merci Eric.
    Denis HERVE

    1. Eric Heymans

      Bonjour Denis.
      La différence entre faire une photo et faire de la photographie .. passe par ces étapes.
      C’est mon avis en tout cas.
      Merci pour ta réaction.
      Eric

  6. Je recommence à faire de la photo avec un appareil numerique à 58 ans, j’en ai fait quand j’avais 18 ans jusqu’à 25 ans. tres intéressant … j’en ai beaucoup à apprendre sur le sujet et surtout sur mon appareil que je nemaitrise pas encore mais je suis patient et j’ai l’aide de ma fille qui me conseille souvent. j’apprécie vos articles merci!

    1. Eric Heymans

      Bonjour Robert.
      Le passage de l’argentique au numérique ne se fait pas toujours très facilement.
      Si les techniques de prise de vue sont identiques, il n’en va pas de même pour la maîtrise de l’appareil et du développement.
      Sur ce blog, je ne parle pas tellement de la maîtrise de l’appareil en lui-même mais j’espère que vous y trouverez quand même de quoi alimenter votre passion.
      Belle journée.

  7. 11 octobre 2012 8 euros pour un trtsemiriel e7a me semble tout e0 fait raisonnable. Ce magazine re9pond e0 mon avis e0 une attente et devrait trouver sa place.Dans le meame domaine, il y a e9galement l’excellent livre de Joeblle Verbrugge Vendre ses photos .

  8. Faire taire son ego et regarder avec les yeux de son cœur…
    Vivre, vibrer d’émotions…
    Puis capter cet instant, pour soi, pour le partager…

  9. Comprendre, réfléchir, se poser des questions…ce processus passe t il par les mots ? ou est il pensé visuellement ? comment le vivez vous ? pour ma part, les mots me semblent étrangers au processus et je serais bien en peine de nommer mon sujet.

    1. Eric Heymans

      Bonjour Eric,
      En ce qui me concerne, j’ai du y mettre des mots pour tenter de comprendre ce qui se passait.
      Comme souvent, après un moment, les mots s’effacent pour laisser la place à l’intuition ou à l’émotion.
      Belle journée,
      Eric

  10. Ping : Portez plus d’attention à l’intention !!! – Clic-Clac Photoblog

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